jeudi 17 octobre 2013


Il fallait bien que cela arrive un jour ou l’autre.

Or c’est arrivé!

On ne choisit jamais le moment où cela va arriver et on n’y est jamais vraiment préparé sinon que dans les grandes lignes. On a tous vu des films ou des séries dramatiques qui dramatisent bien et rien pour vous rassurer.

C’est un évènement qu’on n’oublie pas! Je vous raconte.

Je suis entré à l’hôpital le 16 octobre!
 
L’attente fût très longue. Certes il y a eu une prise en charge immédiate à l’arrivée mais ensuite, ce fût l’attente, une longue attente. Oui bien sûr, le personnel est attentif et vient vérifier si tout va bien aux quinze minutes, prendre le pouls, la tension, poser quelques questions dont je ne connaissais pas de toutes façons la réponse. On m’a dit cependant qu’il fallait être patient. Je n’ai pas dormi, impossible! Il n’est pas question de dormir de toutes façons, on veut juste vivre et ne rien manquer juste au cas où ne puisse répéter l’expérience, façon de dire, vous comprenez, car c’est fragile la vie, vaut mieux rester bien éveillé pour ne rien manquer. J’ai bien eu peur à un certain moment, enfin pas de la peur viscérale mais la crainte de l’incertitude, de l’inconnu. Car, tout peut arriver dans une salle de chirurgie.
 
On m’a fait encore attendre dans le couloir puis quelqu’un est venu me faire entrer dans la salle. Une salle de chirurgie, ce n’est rien pour vous réconforter. Ce n’est pas du connu, ce n’est pas un salon meublé à la toute dernière tendance dans laquelle on va s’allonger sur le canapé le plus confortable soit-il. Intuitivement, je dirais que tous y résisteraient, moi le premier comme les autres.
 
Ce n’est pas non plus un habitacle de voiture du futur actuel, celle avec tous les dispositifs technologiques hyper-sensibles, encore pour le confort. Non, cela n’y ressemble pas du tout.
 
Ce n’est pas non plus une cuisine de l’ère moderne dans laquelle on croit savoir, généralement et malgré tout ce que l’on va y trouver même si cela ne ressemble pas à la nôtre. On sait mais on n’en fera jamais notre cuisine. Et, on n’entre pas dans une salle de chirurgie à tous les jours et surtout pas pour y faire infuser un thé Earl Grey, par exemple, celui que je préfère. Alors non, on y rentre pour ce que son nom indique, une chirurgie. On espère ne jamais y entrer; quand on y est entré, on espère en ressortir et la suite, vous connaissez, on espère ne jamais y revenir.

Mais bon, aujourd'hui, la chirurgie se fait éveillée et c’est ce que l’on a fait.
On m’a placé à l’abri, derrière une petite tente verte d’isolation, je ne pouvais pas voir derrière la tente. Et lorsque j’ai voulu abaisser un pan de la tente pour mieux y voir, le chirurgien a sursauté et l’infirmière m'a gentiment dit que je ne pouvais pas toucher le champ stérile pour qu’il demeure... bien stérile! On ne veut pas de complications. Était-ce pour dire que j’avais déjà bien assez fait de dommages comme cela!!?

 L’opération s’est déroulée assez vite finalement et faute de pouvoir voir, je ne peux vraiment rien vous décrire!
 
À peine ai-je entendu quelques silences après le début de l’opération, quelques bruits de succions, quelques mots brefs du chirurgien à son infirmière qui s’activait ainsi au son. Sans qu’on le lui demande, l’anesthésiste donnait des indications par intervalles au chirurgien qui grognait de satisfaction. Puis, il y a eu soudain un remue-ménage, le chirurgien, l’infirmière, une autre à côté de la première dont je n’avais pas réalisé la présence se sont activés un peu plus, il y eut des gestes lents mais précis. Le calme s’était changé en fébrilité. La salle, pourtant si calme, s’est activée, on aurait dit une chorégraphie longuement répétée. Tous bougeaient autour de moi, moi seul ne bougeait pas.Cela a dû bien durer quelques minutes, cette agitation. Puis, l’infirmière a contourné le fameux champ stérile et s’est penchée vers moi. Elle souriait, tout allait donc bien. Bon, écoutez, je sais que cela va en choquer quelques-uns, mais je vous décris la scène comme je l’ai vécu.

 Elle m’a tendu un paquet de chiffons, pas roulés n’importe comment, non, soigneusement pliés selon probablement un rituel.  Pas un « tas » de chiffons, si vous comprenez bien ce que je veux dire, mais non! Comment vous décrire la scène…alors oublions les chiffons pris isolément ou en tas. Il y avait bien des chiffons plus qu’autres choses, ça je vous l’assure, mais au bout du paquet de chiffons pliés soigneusement, il y avait une tuque…oui, une tuque… une tuque!? Vous imaginerez car vous ne voulez pas que je vous décrive tout de même!

Bon ça va, pour les voyeurs et autres bizarres du genre, il y avait une tuque crème. Les chiffons étaient blancs eux, je dirais blancs cassés, vous voyez, un blanc coquille d’œuf.  Bon, la tuque était blanche aussi mais crème alors, un peu comme une belle tuque blanche en coton qu’on sort de la laveuse mais après y avait mis un peu trop de javelle. Elle tourne au jaune un peu mais à peine, vous voyez ce que je veux dire! Bon alors, entre les chiffons et la tuque il y avait, comment vous dire? Moi, je savais ce qu’il y avait, je savais même comment ce serait en gros, mais on ne s’y fait jamais.

Il y avait un œil qui me regardait, l’autre regardait ailleurs. Vous savez que la différence de regard est bonne et pas du tout inquiétante, c’est signe d’intelligence même…un peu comme la recherche du "qui est là'' et du ''où suis-je'' de chaque œil mais en même temps alors. On ne perd pas de temps dans ce monde, le quand c’est l’instant présent, le pourquoi, l’avenir le dira, le qui et le où, restait plus que cela à régler et ce fut vite réglé car les yeux se fermèrent presque tout de suite, rassurés.

Alors, vous dire finalement que, dès que j’ai vu ma fille, j’ai su qu’elle ne m’appartenait pas mais qu’elle appartenait à son monde. C’est bizarre une telle pensée mais c’est celle que j’ai eu. Quand on attend un enfant, c’est « son » enfant qu’on attend mais quand il arrive, c’est un individu à part entière qui, physiologiquement vit sans assistance. Intellectuellement, moralement, sociologiquement, on ne peut lui donner tangiblement un savoir, des valeurs, des usages;  c’est elle qui se les forge, les choisit ou les adopte, ou alors les rejette, les modifie, les transforme, en fait les siennes propres au fur et à mesure de sa vie. On ne peut les lui enfoncer dans la tête, seulement lui faire connaître les nôtres et, éventuellement, elles deviendront les siennes.

J’avais contribué à la créer, sa mère et moi lui avions donné naissance, bon sa mère un peu plus que moi, en effet... mais disons que je n’ai pas négligé le moindre petit détail. Le reste proviendra de notre fille, bien plus une affaire personnelle finalement entre elle et le monde.
 
Je dois dire que depuis vingt ans, elle sait y faire et surtout elle s’y emploie à tous les jours et c’est formidable de voir l’énergie qu’elle y déploie.

Pour tout dire, je crois qu’elle fait mieux que moi à vingt ans.

C’est ce que je constate depuis le jour où je suis sorti de l’hôpital, le 17 octobre 1993, en après-midi, le jour où elle est née!

                                JOYEUX
                          ANNIVERSAIRE 
                            MARIE-ALEX!  

6 commentaires:

  1. Pauline R. Laforce18 octobre 2013 à 22 h 05

    Pourquoi ai-je une furieuse envie de te tordre le cou ?

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  2. Moi, Pauline, je l'ai appelé pour lui dire que je voulais le tuer....

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  3. Oups ! J'ai oublié de m'identifier. Donc, je voulais le tuer ! Mais, j'ai quand même pensé que j'aurais bien aimé que mon père écrive une si belle chose.
    Bonne fête, ma belle Marie -Alex

    Michèle G.

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  4. Tu auras réussi à en faire pleurer au moins une. Je te rassure tout de suite, ton intro n'y était pour rien, mais le passage sur ta fille, une beauté, de la belle prose. On devrait savoir que lorsqu'on déplace autant d'air on est un tendre au fond! Alors bonne fête Marie-Alex, vingt ans le bel âge, et garde ce texte précieux où tu retrouves tout l'amour d'un père.
    Alexandre, on m'avait révélé le punch du début, alors j'ai été moins secoué que les autres. Bonne suite de voyage,prends soin de toi.
    Sylvie R.

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  5. Je suis de celles qui veulent te tordre le cou!!! Pour une fois, je me suis dit non ne va pas lire la fin avant... prends ton temps... J'étais stressée pour toi, je me disais que tu ne pourrais pas partir pour le Vietnam, que tout ton voyage tombait à l'eau... oups... petite tuque blanche, le doute s'installe! est-ce qu'il rêve??? Ben non.. Moi aussi tu m'as tiré une larme, bien que j'étais furieuse après toi mais en même temps soulagée. Je me suis laissée prendre. Tu vas payer.
    Effectivement j'avoue que tu as une façon d'écrire qui tient son publique sur les dents.
    Bonne fête à ta grande fille.
    Bonne journée. D.Q.

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  6. Oh coquin ! Je me disais"pauvre Alexandre", en plein voyage autour du monde ! T'as le tour pour le suspense, j'espère que c'est un polar que tu écris ! Quant à ta petite chérie, bon anniversaire ! Xx MJL

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